Pendant longtemps, j’ai vécu sans savoir.
Sans savoir qu’une peur bleue m’habitait.
Elle était profondément enfouie.
Là, sous les galets, mais toujours à portée de main. Sans le savoir.
Il y a peu, le mois dernier en fait, mon cou a été pris d’une violente contraction.
Une alerte. Mon corps me parlait et moi, je venais à peine d’apprendre à lui parler, depuis quelques jours.
C’était mes premiers pas, des premiers mots, un peu maladroits, forcément, sortis tous seuls d’une bouche ankylosée par des années de non-dit, d’angoisse refoulée.
- N’aie pas peur.
- Arrête, je ne suis plus un gamin.
- Je sais…
- J’ai trente cinq ans maintenant.
- Je le sais aussi. Mais tu as encore tout à apprendre.
- Arrête, je ne veux pas t’entendre. Tu ne comprends donc rien.
- Pardonne moi. Je ne voulais pas te brusquer.
- Tu sais, j’ai tellement peur.
- Je sais…
- J’ai peur de ne pas savoir comment être heureux.
- Tu sais, tu n’as pas besoin de *savoir*.
- Ah…
- Tu le seras dès l’instant où tu l’auras décidé. Et toi seul.
- Est-ce vraiment si simple ?
- Oui et non. Certains mettent une vie entière pour le réaliser. Toi, tu n’as que trente cinq ans.
- Tu as raison. Mais sais-tu pourquoi je pleure maintenant ?
- C’est parce que tu viens de décider d’être heureux. Pour une fois. Peut-être une fois pour toutes. Tu pleures, mais c’est ainsi que tu seras Homme, mon fils.
Take care
Ibo

