Un homme pressé – Une série noire en 5 épisodes
Publié par Ibo le 27 janvier 2012
Prologue
Un jour – il me semble que c’était durant l’hiver 2002 – j’ai vu un homme crier.
En silence.
Il avait d’abord pris le temps de chercher un arbre.
Magique assurément.
L’Arbre donc.
Avec un grand L et un grand A.
Il fallait qu’il y ait un trou.
Probablement magique lui aussi.
Il y colla alors ses lèvres.
Délicatement.
Un peu pudiquement.
Et il hurla.
De toutes ses forces.
Aucun son intelligible n’en sortit.
C’était son âme en peine qui cria pour lui.
Je vous l’assure, ce fut étourdissant.
Cette image me hante depuis.
Saison 1 Episode 1 – Le cri
Certains jours, j’ai envie de crier intérieurement.
Peut-être même hurler.
Comme cet homme là.
« Mais je n’ai pas d’arbre magique sous la main, moi, monsieur ! »
Saison 1 Episode 2 – La terreur
Certains jours, je suis pris de terreur.
Non pas d’avoir vu l’innommable, oh non.
Juste pris de terreur parce que je me vois intérieurement.
Une vue intérieure comme prise de l’extérieur.
« A part la méchante reine dans Blanche-Neige, qui ose vraiment se regarder dans un miroir ? »
Saison 1 Episode 3 – La peine
Certains jours, quelques nuages font assemblée.
Ils assombrissent d’abord ma pensée.
Puis il se met à pleuvoir.
Pleurer, devrais-je dire pour être plus précis.
« L’eau ! Ô miracle de la vie ! L’eau est enfin tombée ! »
Saison 1 Episode 4 – L’absolution
Certains jours, je rêve.
D’un monde meilleur.
Plus juste.
Plus beau.
Plus calme.
Un monde où je serais absous.
Ces jours-là, peut-être, n’aurais je plus peur de ma mort.
« Bon sang, mais arrête tes conneries. Tu es vivant ! Bien vivant ! Alors, maintenant, tu me ramasses tes cliques et tes claques, et tu vas enfin leur dire ! M’enfin, quoi ! Arrête de te faire manipuler ! T’es vivant, t’as tout pour être heureux, et surtout t’arrêtes de nous les briser ! Non mais !… C’est qui le chef ici, hein ? Fais en quelque chose de ta putain de vie sur Terre ? »
Saison 1 Episode 5 – Le paradis
Ha ha, on s’est bien foutu de ma gueule.
Si j’avais su qu’il ressemblait à ça, le paradis.
« Tu vois ? C’était finalement mieux sur Terre. »
Epilogue
Elle me l’avait bien dit que l’herbe n’est pas plus verte dans le pré d’à côté.
Elle me l’avait bien dit que je n’y voyais plus clair.
Elle me l’avait bien dit en prenant délicatement ma main dans la sienne.
Elle me l’avait bien dit.
Mais je n’ai pas voulu l’écouter.
Trop pressé de connaître la fin de ce long roman.
(…)
[soupir]
(…)
Bon bon bon… Et si je me changeais plutôt les idées (noires) avec un bon polar.
Vous auriez une suggestion ?
Une nouveauté à suggérer ?
Un auteur remarquable inconnu ?
Un vraiment très bon polar, hein.
[Les préférences actuelles d'Ibo : les Vargas, Mankell, O'Connelly, Jonquet et autres Benacquista]
Take care,
Ibo



Célia a dit
Merci beaucoup ! Comme d’habitude, c’est très touchant, très poétique, et très beau ! J’ai beaucoup aimé ton Paradis…
brigetoun a dit
j’aime mais je suis irrécupérable en mon inutilité : je n’aime pas trop les polars, je ne lis (et de moins en moins) que des policiers de vieilles anglaises.
quoique O’Connelly, mais ça ne vaut pas puisque tu les a lus.
Bonne route dans l’espoir que des réponses plus constructives viendrons
bourrique a dit
viens de lire le chinois, hin hin hin, c’est bien
bisous grand
MT a dit
En te lisant, je me demande ce qu’il se passerait si la peur n’était pas présente?
Et je m’interroge aussi dans ton poème sur la peur qui est vraiment la tienne, celle qui te fait porter le regard que tu as sur toi, sur le monde et qui, pour moi est différente des peurs qui ne t’appartiennent pas mais sont celles que le monde actuel te jette au visage?