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Tombe de Félix Leclerc (1914-1988), à Saint-Pierre-de-l'Île-d'Orléans
Prologue d’une magnifique balade de fin d’après midi sur l’île d’Orléans (vous comprendrez aisément à la lecture de ce billet que je vous conseille vivement cette escapade, pour celles et ceux qui visitent la ville de Québec) : en hommage à Félix Leclerc, immense personnage au Québec, la vidéo d’une de ses chansons les plus célèbres « Moi, Mes souliers » qui a inspiré ses nombreux fans qui viennent lui rendre hommage au cimetière de Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans.
Ndlr: la chanson commence à 0:45…
La beauté et l’amitié partagent un point commun.
Elles se subliment avec le silence.
Je l’assène comme une fulgurance mais l’évidence s’impose, je trouve.
Parc de la Chute-Montmorency, près de la ville de Québec et face à l'Île d'Orléans
Pas n’importe quel silence, bien entendu.
Pas un silence pesant.
Pas un silence mortel.
Eglise de Saint Pierre, sur l'île d'Orléans - La plus ancienne église rurale du Québec (1720)
Mais un silence qui apaise.
Un silence qui rend meilleur.
Un silence qui renvoie une image bienveillante de soi.
Une élégante demeure bourgeoise sur l'Île d'Orléans, face à Québec
Un silence-ponctuation dont on use qu’avec ses (son ?) meilleur(s) ami(s).
Un silence – est-ce si paradoxal finalement ? – qui remplit parfois de bonheur.
Shakespeare ne dit-il pas lui même :
Silence is the perfectos herald of joy. I were but little happy if I could say how much. in « Much Ado About Nothing », act II scene 1. Rien n’exprime mieux la joie que le silence. Si j’ai pu dire combien grand était mon bonheur, c’est qu’il était petit. in « Beaucoup de Bruit pour Rien », acte II scène 1.
Vue sur la ville de Québec, de la pointe de l'île d'Orléans
Aussi vais-je m’empresser de m’imposer ce silence, quelques instants.
Et rapidement laisser la place à la beauté, et c’est déjà un euphémisme.
Laisser le soleil couchant envelopper la capitale de la Belle Province.
Et la parer de ses plus beaux habits de lumière.
Panorama de nuit sur la ville de Québec - Vue des plaines d'Abraham
Enfant, je regardais les nuages dans le ciel.
Comme beaucoup d’enfants, je les préférais blanc et corpulents.
Avec ces rondeurs qui leur donnent la douceur du coton.
Enfant, je regardais les nuages dans le ciel.
Et je m’amusais à voir des animaux voler dans le ciel azur.
A voir des rêves – d’enfant, forcément – bourgeonner là haut du fond de ma pupille.
Enfant, je regardais les nuages dans le ciel.
Et j’aimais – je crois – avoir des rêves.
« Avoir » sans oser un jour me dire que je pourrais les vivre.
Enfant, je m’allongeais sur l’herbe grasse et verte.
Le soleil du Midi cognait très fort.
Je transpirais et je rêvais d’être oiseau.
Enfant, je rêvais de liberté.
Je rêvais de pouvoir choisir ma vie.
Je rêvais surtout de fuir. De m’enfuir.
Vue aérienne de Montréal parsemé de touches de couleurs automnales
Adulte, j’ai peu à peu oublié ces rêves.
J’ai dû croire que je n’avais plus le droit d’y aspirer.
J’ai dû croire que grandir revenait à y renoncer.
Aujourd’hui, je m’envole dans les airs.
Au dessus de ces nuages que j’ai tant regardés enfant.
Entre France et Québec.
Ce billet est le premier de la série portant sur ce périple.
Alors que je viens d’entamer une quête.
Une quête sur une déchirure intérieure.
Que trouverais-je au bout ?
Take care
Ibo
ps : Durant une dizaine de jours, le temps de ce voyage, je publierai un billet tous les jours ou tous les deux jours maximum. Je vous invite donc à revenir pour découvrir avec moi (entre autres) la beauté de l’été indien au Québec.
(*) Il était une fois, le mur.
[Ndlr: Cliquez sur chaque photo pour les voir en meilleure résolution, en particulier les panoramas]
Il était une fois un mur.
Le mur.
Celui-là même que je me suis construit, encore enfant.
Souvent, ces murs là tombent, s’effondrent avec l’âge
Avec le temps, avec la sagesse.
Souvent, ils s’effritent, s’écroulent.
Avec un peu de force et de courage.
De chance aussi.
Lorsqu’on les brusque un peu, ils chancèlent.
Lorsqu’on leur murmure avec douceur, ils fondent.
Souvent en pleurs.
Reste du Mur de Berlin, au niveau de la Bernauer Strasse
Cinquante ans et un jour auparavant, nous étions le 13 août 1961.
Le Mur fut construit à Berlin. Die Mauer.
Et mur, il vécut ce que vivent les murs, l’espace d’une vie.
Et disparut.
Après bien des tourments.
Des déchirures.
"East Side Gallery" - Reste du Mur de Berlin, à Friedrichshain, restauré en 2009
Cinquante ans et un jour après le 13 août 1961, nous marchions sur la Bernauer Straβe.
Nouveau lieu de mémoire dédié au Mur de Berlin [inauguration le 13 août 2011 du Gedenkstätte und Dokumentationszentrum Berliner Mauer]
A la mémoire des drames qui s’y sont noués
Laissant encore ouvertes ces blessures à l’âme qui peinent à guérir.
Mémorial du Mur de Berlin, Bernauer Strasse
DM et moi étions à la recherche de traces.
Car Berlin a beaucoup effacé.
Berlin a peut-être voulu oublier.
Pour remplacer sa mémoire douloureuse.
Pour – vite – construire autre chose à la place du Mur.
Un pont peut-être ?
Une passerelle vers l’avenir, vers une rive plus douce de la Spree ?
Panorama de la Spree sur la gare principale de Berlin ("Berlin Hauptbahnhof"), inaugurée en 2006 après 11 ans de travaux
DM et moi marchions sur la Bernauer Straβe, à la recherche de traces du Mur.
Nous scrutions.
Nous lisions.
Nous regardions.
Nous écoutions.
Peu à peu, ce mur, le Mur, nous apparaissait.
Devant nos yeux mais plus encore dans nos esprits.
Peu à peu, nous arrivions à le ressentir en nous.
Peu à peu, une vague intérieure se levait en moi.
Comme un mur.
J’ai dû interrompre une phrase de DM, m’invitant à continuer notre chemin le long du mémorial.
J’ai dû m’arrêter de marcher.
Mes jambes flageolantes ne me portaient plus.
Il se mit à pleuvoir.
J’ajustais ma casquette.
Je pris ma respiration.
Une fois.
Deux fois.
Et perdis mon souffle.
En lieu et place du Mur de Berlin, c’était mon mur que j’avais trouvé.
Celui là même que je me suis construit, encore enfant.
"East Side Gallery" - Reste du Mur de Berlin, à Friedrichshain, restauré en 2009
Ce mur, mon mur, je l’avais presque oublié.
Je croyais m’en être débarrassé il y a quelque temps.
Mais, comme on ne peut oublier d’où on vient, on ne peut oublier éternellement ses murs intérieurs.
Tôt ou tard, ils vous barrent la route.
Vous empêchent d’aller de l’avant.
De passer à autre chose.
De devenir adulte.
De choisir d’être heureux.
Pour de vrai.
"Wie geht es Euch ? GruB von Vati + Mutti + Omi" - Message adressé par dessus le Mur en 1961 par les proches ("Comment allez vous ? Bises de Papa + Maman + Mami") - Mémorial du Mur de Berlin, Bernauer Strasse
Mais mon mur à moi, lui, était – encore – là.
Le 14 août 2011, en le re-voyant, j’ai pleuré.
Comme je n’ai jamais pleuré auparavant.
Les larmes se mélangeant à la pluie torrentielle.
Ou l’inverse, je ne sais plus.
Lavant ma mémoire ou la ravivant, je ne sais plus non plus…
Take care, gib auf dich acht,
Ibo
Epilogue: Der Erlkönig, poème [sombre et] magnifique de Goethe (traduction ici)
Wer reitet so spät durch Nacht und Wind? Es ist der Vater mit seinem Kind. Er hat den Knaben wohl in dem Arm, Er faßt ihn sicher, er hält ihn warm.
Mein Sohn, was birgst du so bang dein Gesicht? – Siehst Vater, du den Erlkönig nicht! Den Erlenkönig mit Kron’ und Schweif? – Mein Sohn, es ist ein Nebelstreif. –
„Du liebes Kind, komm geh’ mit mir! Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir, Manch bunte Blumen sind an dem Strand, Meine Mutter hat manch gülden Gewand.“
Mein Vater, mein Vater, und hörest du nicht, Was Erlenkönig mir leise verspricht? – Sei ruhig, bleibe ruhig, mein Kind, In dürren Blättern säuselt der Wind. –
„Willst feiner Knabe du mit mir geh’n? Meine Töchter sollen dich warten schön, Meine Töchter führen den nächtlichen Reihn Und wiegen und tanzen und singen dich ein.“
Mein Vater, mein Vater, und siehst du nicht dort Erlkönigs Töchter am düsteren Ort? – Mein Sohn, mein Sohn, ich seh’ es genau: Es scheinen die alten Weiden so grau. –
„Ich liebe dich, mich reizt deine schöne Gestalt, Und bist du nicht willig, so brauch ich Gewalt!“ Mein Vater, mein Vater, jetzt faßt er mich an, Erlkönig hat mir ein Leids getan. –
Dem Vater grauset’s, er reitet geschwind, Er hält in den Armen das ächzende Kind, Erreicht den Hof mit Mühe und Not, In seinen Armen das Kind war tot.
Là, sous les galets, mais toujours à portée de main. Sans le savoir.
Il y a peu, le mois dernier en fait, mon cou a été pris d’une violente contraction.
Une alerte. Mon corps me parlait et moi, je venais à peine d’apprendre à lui parler, depuis quelques jours.
C’était mes premiers pas, des premiers mots, un peu maladroits, forcément, sortis tous seuls d’une bouche ankylosée par des années de non-dit, d’angoisse refoulée.
- Je le sais aussi. Mais tu as encore tout à apprendre.
- Arrête, je ne veux pas t’entendre. Tu ne comprends donc rien.
- Pardonne moi. Je ne voulais pas te brusquer.
- Tu sais, j’ai tellement peur.
- Je sais…
- J’ai peur de ne pas savoir comment être heureux.
- Tu sais, tu n’as pas besoin de *savoir*.
- Ah…
- Tu le seras dès l’instant où tu l’auras décidé. Et toi seul.
- Est-ce vraiment si simple ?
- Oui et non. Certains mettent une vie entière pour le réaliser. Toi, tu n’as que trente cinq ans.
- Tu as raison. Mais sais-tu pourquoi je pleure maintenant ?
- C’est parce que tu viens de décider d’être heureux. Pour une fois. Peut-être une fois pour toutes. Tu pleures, mais c’est ainsi que tu seras Homme, mon fils.
Autoportrait panoramique à la pointe de la Hague - Nez de Jobourg (Manche)
Et la pression qui sifflait dans les oreilles au fur et à mesure que l’ascenseur filait à vive allure vers les cieux a dû me gazéifier deux ou trois neurones.
En fait non, je ne crois pas que ce soit cela.
Je crois que je suis bien conscient.
Conscient de ce que je dis.
De ce que je veux écrire.
Conscient de ces questions que je me pose.
Un mélange de questions futiles.
D’autres le sont moins et nécessitent un peu de temps pour y répondre.
Peut-être même qu’une vie humaine ne suffirait pas pour y répondre.
Allez, je commence.
Ai-je peur de mourir ?
Pourquoi ce rhume ne s’en va-t-il pas depuis 3 semaines ?
Pourquoi est-il si difficile d’être d.u.r.a.b.l.e.m.e.n.t. heureux ?
Quelles fleurs vais-je offrir à DM en revenant de l’aéroport ?
Pourquoi se demande-t-on régulièrement si sa vie a un sens ?
Lili nous aime-t-elle ?
Et après ce boulot, je ferai quoi ?
Et on s’arrête quand dans cette course folle ?
Qui décide d’appuyer sur le bouton ‘Pause’ ou ‘Arrêt’ ?
Créationnisme ou bien Darwinisme ?
Suis-je croyant ?
Et puis, pourquoi nos amis commencent à divorcer ?
Est-ce qu’on va faire du jardinage ce week end ?
Ipomée ou Capucine ?
Ai-je dit à l’assurance automobile qu’on avait changé d’adresse ?
Est-ce que je cherche vraiment à reconstruire ce que mes grands-parents ont perdu avec les guerres ? Et pourquoi ?
Contre qui se bat-on ?
Soi même ?
Et cette foutue paix dans le monde, l’aura-t-on un jour ?
Pourquoi la peur est-elle si répandue ?
Pourquoi manque-t-on tellement de courage dans notre société ?
Quand ai-je été courageux pour la dernière fois ?
Comment supporter l’injustice du monde, mais surtout l’injustice au quotidien ?
Bon sang, pourquoi je n’arrive pas à m’endormir ?
Enchevêtrement d'autoroutes ou ... de pensées - Shanghai (Mars 2009)
[Cliquez sur la photo pour l'afficher en grand format. Personnellement, c'est ma photo préférée des nombreuses photos prises lors de ce séjour à Rabat. Une faible profondeur de champ, juste assez pour le pot en premier plan, et la perspective légèrement courbe de la ruelle.]
C’est un des quartiers historiques de Rabat, avec une longue histoire, ayant notamment abrité pendant quelques temps l’unique [au monde] république autonome de pirates, voilà quelques siècles.
On était arrivés là un peu par hasard, au détour d’une conversation.
Quelques mots échangés et nous voilà ici, à la Kasbah des Oudaïas.
Quelques mots auxquels mon esprit s’était accroché plusieurs semaines durant.
Vous savez, comme à cet instant où vous vous laissez enfin, à l’orée de la nuit, sombrer dans les bras de Morphée.
A cette heure là, l’esprit divague et devient libre.
Une rue de la Kasbah des Oudaïas, Rabat (Février 2009)
La magie de la Kasbah des Oudaïas est de vous faire ré-apprendre à marcher.
A marcher librement.
Comme dans un rêve.
Mais ce n’en est pas un.
On se trouve pendu au cou d’une nouvelle liberté qui ne veut se nommer, trop pudique aujourd’hui pour se dévoiler en plein jour.
Mais pourtant, comme la source fendant la roche minérale, elle sourd.
D’une violence contenue inouïe.
“Libre” et “violent”, un peu comme un pirate finalement.