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Luberon en deuil [suite et fin] – La mort de Claude Morenas

Posted by Ibo sur 4 juillet 2009

[Note introductive: Je devais publier cette note plus tôt cette semaine, mais les contrôles sur Internet en Chine – où j’étais en déplacement professionnel – empêchaient les accès aux blogs quels qu’ils soient. D’où ce décalage de plusieurs jours, alors que cette note avait été écrite dès lundi 29 juin, dans l’avion entre Paris et Shanghai.]

Jeudi 25 juin, l’espace d’un instant, les lumineux sentiers du Luberon se sont éteints.

Ainsi va la vie.

Et la grande dame qu’était Claude Morenas s’en est allée.

Hommage au travail de Claude et François Morenas (près des Tourettes)

Hommage au travail de Claude et François Morenas (près des Tourettes)

Et avec elle, une page de l’Histoire du Luberon et de ses trésors (encore) cachés se tourne.

Poussée par le vent, ce mistral qui souffle si fort sur le promontoire des Hautes Plaines tel un «aigle en plein ciel».

L’âme de Claude vole désormais, légère comme une plume.

Champ de blé sur les hauteurs, près des Tourettes (Luberon)

Champ de blé sur les hauteurs, près des Tourettes (Luberon)

Bienveillants, François et Claude veillent tous deux désormais sur nous, à chacun de nos pas.

Et chaque fois que nous franchirons le seuil de la gare d’Avignon TGV et que nous nous dirigerons le cœur déjà ému vers ces monts qui prennent une indescriptible teinte bleutée juste avant le crépuscule.

Vue sur Bonnieux de la Route des Cèdres (Luberon)

Vue sur Bonnieux de la Route des Cèdres (Luberon)

Ce pays chargé d’histoire et d’humanité que Claude et François nous ont révélé.
Claude et François à qui nous devons tout – et croyez moi, je pèse mes mots.

Nous avons rencontré leur poésie au lendemain de notre première année de mariage, grâce à des amis – David et Evelyne – que je remercie encore vivement ici.

Depuis lors [1999], ils ne nous ont jamais quittés lorsque nous les suivons une fois l’an sur ces chemins de randonnée qui sillonnent de part en part les monts de Vaucluse et le parc naturel du Luberon.

En route pour l'Abri Sous Roche, près de Saumane (Luberon)

En route pour l'Abri Sous Roche, près de Saumane (Luberon)

Chaque année, DM et moi ressentons le besoin d’aller nous ressourcer là bas.

Comme si c’était la beauté du monde qu’on y apprenait petit à petit.

Randonnée après randonnée.

A la sueur de nos pas, on s’émerveille à chaque sortie de ce qui n’est écrit dans aucun topo-guide.

Chardons au bord du chemin (Luberon)

Chardons au bord du chemin (Luberon)

Apprendre à marcher.

Apprendre à se tenir debout.

Apprendre à ouvrir ses yeux.

Apprendre à voir l’invisible.

Apprendre à ouvrir son cœur.

Apprendre à marcher main dans la main.

Apprendre à partager.

Apprendre l’instant et le merveilleux de l’Ici et du Maintenant.

Apprendre à donner.

Et enfin, apprendre à recevoir.

Gué à Ismane, près de Rustrel (Luberon)

Gué à Ismane, près de Rustrel (Luberon)

A chaque fois que nous les avions rencontrés, Claude et François, nous étions impressionnés.

Ils étaient de grandes personnes à qui – aujourd’hui plus que jamais – nous portons un grand respect.

Trop timides à chaque fois pour leur dire tout le bonheur qu’ils nous ont donné.

Oh, on leur a dit, croyez moi.

Mais ce n’était qu’une partie visible et dicible.

Ophrys (Luberon)

Ophrys / Orchidée sauvage méditerranéenne (Luberon)

Comment leur faire ressentir le frisson et l’émotion que nous avons parfois au beau milieu d’une grande prairie sauvage, sur les plateaux des Claparèdes ?

Ils sont tellement nombreux ces sites où on s’est posés depuis plus de 10 ans, profondément heureux.

Bercés par les mots si délicats de Claude et révélés par les sentiers ouverts par François.

Comment leur faire savoir qu’ils nous ont légués plus que de simples guides de randonnés, eux les pionniers il y a plus de 50 ans du balisage des sentiers dans le Luberon ?

Que leur héritage est d’avoir transmis à au moins trois générations d’inconnus, de quidams cette inestimable richesse que de voir avec le cœur, les mains, les oreilles, le nez, la peau, avant même que d’entrouvrir ses paupières et de cligner des yeux.

Fleurs sauvages (Luberon)

Fleurs sauvages (Luberon)

En route pour Shanghaï, je n’ai pas pu envoyer de fleurs pour la cérémonie qui a eu lieu en l’hommage de Claude Morenas en l’église de Saignon lundi 29 juin 2009.

Que sa fille Frédérique m’en excuse.

Pour autant, j’ai pris avec moi quelques fleurs sauvages du Luberon.

Et puis, beaucoup plus rares, quelques ophrys.

C’est avec beaucoup de délicatesse que DM et moi les déposons sur la tombe de Claude.

Ophrys (Luberon)

Ophrys / Orchidée sauvage méditerranéenne (Luberon)

Et main dans la main, nous fermons les yeux et pleurons.

Nos larmes chaudes s’épanchent en souvenir de notre dernière rencontre avec Claude, à Apt alors qu’elle avait déjà quitté Regain.

Qu’elle et François soient en paix et qu’ils puissent à nouveau se tenir la main dans la main.

Leur bienveillance au dessus des combes et autres gorges qui sillonnent l’arrière pays.

Les Gorges d'Oppédette (Alpes de Haute Provence)

Les Gorges d'Oppédette (Alpes de Haute Provence)

Take care.

Ibo, le cœur attristé.

Pour mémoire: Une note écrite à la mort de François Morenas en octobre 2006.

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